CANTILLATION DE LA PAROLE

Groupe de mémorisation    à Avignon

La Fraternité Saint-Marc est en Fête et organise une semaine de festivités à l'abbaye Saint-Michel de Frigolet.

« Celui qui sème sème la Parole »

Mc 4, 14

 

 

Dans l’évangile de Luc ( ch 11, versets 27 et 28) nous lisons :

 

 Comme Jésus disait cela, une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire :

« Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! »

 

Alors Jésus lui déclara :

« Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu,

et qui la gardent ! »

 

Pour garder la Parole, Jésus rappelle la nécessité de la foi :

« ils ont cru que tu m’as envoyé ».

Jésus est l’envoyé du Père.

 

Garder sa Parole a plusieurs significations.

Il s’agit d’abord de la fréquenter, de la lire souvent, de l’écouter avec son cœur.

C’est aussi la mémoriser, l’apprendre « par cœur », c’est-à-dire avec le cœur,

pour ensuite la mettre en pratique.

 

Comme le dit le Deutéronome (ch 14, v 30) :

 

                                                                              la Parole

                                                                                   est

                                                                         tout près de toi

 

                                                       elle est                                      et

                                             sur ta bouche                                   dans ton coeur

                                                                                    et

                                                                          dans tes mains

                                                                            pour la faire

 

                   Ce petit récitatif, cette perle* biblique, vous pouvez l’écouter ici.

 

La présentation de ce verset respecte les lois de transmission orale de la parole de Dieu, qui est formulaire, concordante et bilatéralisée, comme l’a ainsi défini le Père jésuite Marcel JOUSSE (mort en 1961).

 

Il est le premier à avoir proposé la mémorisation de la Parole par le chant et le geste. Il y a actuellement en France une dizaine de famille héritières de son travail de mise en « récitatifs » de passages bibliques, dont Anne et Bernard Frinking.

En novembre 2011, au colloque du 50ème anniversaire de la mort du Père Marcel JOUSSE,  Cécile Rogeaux explique leur cheminement :

 

Comment Anne et Bernard Frinking se sont-ils mis en chemin ?

 

Bernard, architecte, a été amené à travailler dans plusieurs pays d’Orient dans les années 50.

 

Et là, avec Anne, ils ont vu les anciens transmettre, en chantant, aux jeunes enfants les textes sacrés de leurs traditions respectives : juifs, musulmans, hindous.

 

A chaque fois, la question revenait :

Comment se fait-il que nous, chrétiens ne mémorisions pas La Parole de Dieu ?

 

Rentrés en France, après quelques années, ils découvrent les travaux de Marcel Jousse.

Enfin s’ouvre un « possible ».

Ils finissent par rencontrer Gabrielle Baron qui va apprendre à Anne tous les « récitatifs ».

 

Anne transmettra ensuite dans l’école de ses enfants à Draveil.

De classe en classe toute l’école finit par chanter.

 

Une équipe de catéchistes s’intéresse à son expérience.

Ensemble ils vont s’interroger, chercher et se poser la question : Mémoriser certes, mais quels textes ? Quel parcours prendre ?

 

Bernard a alors une véritable illumination :

Si on prenait un évangile en entier ?  Le Christ n’est-il pas le plus grand des pédagogues ?

Si on regardait comment Il s’y prend, Lui ?

Bernard sait que dans ces milieux de tradition orale,

c’est tout le texte que l’on apprend par cœur,

sans rien enlever ni rien rajouter.

 

C’est ainsi qu’ils vont choisir l’évangile de Marc,

Pas seulement parce que c’est le plus court,

Mais parce qu’il vient directement de la tradition de Pierre,

Qu’il est le plus ancien,

Et qu’il est l’évangile des catéchumènes.

 

Pour la technique :

Bernard va s’atteler à la traduction, Anne à la cantillation.

 

Bernard fera une traduction

 très proche du texte grec

formulaire, balancée, concordante …

Une traduction faite pour l’étude, pour réveiller les questions,

qui n’a pas peur des hébraïsmes

 

Pour qu’à la seule écoute, on puisse s’interroger et se dire :

« Je l’ai déjà entendue ailleurs cette formule ! »

« N’y aurait-il pas un rapport avec ce texte … ? »

«  Que veut dire ce nom ? » pourquoi deux frères, l’un avec un nom hébreu et l’autre grec ? …etc…

 

Pour la cantillation :

La question sera : comment faire l’unité sur une telle longueur ?

                                    comment ne pas être la musique d’un lieu ?

                                                                                       d’une époque ?

                                          

C’est ainsi, qu’Anne choisira les tons byzantins de leur liturgie (orthodoxe).

En effet, c’est une tradition très ancienne, encore vivante, qu’ils connaissent bien,

où l’on sait toujours  improviser sur les textes, au rythme de la parole.

Voici l’histoire des débuts du travail de Bernard et Anne.

Mais il y a encore une autre raison

pour laquelle nous apprenons un évangile en entier :

Nous avons découvert que l’évangile se révélait comme une voie spirituelle, un véritable chemin que le Christ propose lui-même !

En quoi l’Evangile est-il une voie spirituelle de tradition orale ?

Le Christ lui même s’inscrit dans une lignée de prophètes.

Il appelle des hommes à le suivre, il en appelle 12, qui vont se mettre à son école. Les disciples regardent ses gestes, apprennent ses paroles, observent sa manière d’être face aux évènements et aux gens qu’Il rencontre pour un jour faire comme lui et devenir pêcheurs d’hommes. Ils apprennent un savoir faire, un savoir vivre, qui les constitue en famille. C’est alors qu’ils pourront suivre le Maître sur la route qu’il va emprunter et qui passe par la mort et la résurrection.

Réciter l’Evangile en entier, c’est se mettre à l’école du Maître Yeshoua comme les disciples l’ont fait, se mettre à son école comme l’Evangile le décrit. Progressivement modelés par sa Parole descendue dans nos cœurs, nous le suivons dans toutes les étapes de sa vie.

 Nous rencontrons les mêmes obstacles que les disciples, nous vivons les mêmes combats, les mêmes traversées, avons les mêmes discussions, les mêmes peurs les mêmes surprises

 

On se rend compte alors, combien l’Evangile n’est pas une biographie de Jésus, mais bien une voie spirituelle qui nous permet, dans les conditions particulières de nos vies, de le suivre en vérité et de façon unique.

 

Autour de Bernard et Anne, voyageurs infatigables, se sont peu à peu regroupés des mémorisants en petites fraternités locales.

En 1983, après un don, une association a vu le jour :

La Qehilla, ce qui veut dire Assemblée Récitante, qui a donné en latin ECCLESIA

Et en français EGLISE

 

Ce qui caractérise la Fraternité Saint Marc, c’est de connaître l’ensemble de l’Evangile selon Saint Marc

Et que nous en récitons une bouchée chaque jour.

 

Qu’est-ce qu’une  « bouchée » ?

Eh ! bien, partant de l’hypothèse selon laquelle, l’Evangile a été composé pour être appris par cœur en un an, à raison de 2 versets par jour, nous le récitons à ce rythme.

Nous commençons à Pâques, et terminons à Pâques de l’année suivante.

Et ces 2 versets de chaque jour constituent « la bouchée du jour ».

Chemin catéchuménal par excellence !

 

 

Catéchèse  - Parole de Dieu mémorisée et Icône.

Anne Frinking et Cécile Rogeaux.

 

Le mot Catéchèse :

Se référe au mot grec katekein, « faire résonner une parole à l’oreille d’un auditeur » ou « faire retentir une parole et susciter en retour un écho ».

Il s’agit donc d’enseigner par la « Parole », qui va résonner à l’oreille de celui qui est enseigné, et solliciter sa réponse.

La « Parole », c’est le Christ Lui-même, et son Esprit qui nous Le révèle.

La « Parole » a une immense puissance et force créatrice.

Elle s’inscrit dans la Tradition  (l’Esprit-saint) et dans la tradition de l’oralité.

 

Oui certes, nous avons à transmettre la Parole, mais sûrement après l’avoir entendue, répétée et gardée.

Ceux qui transmettent la « Parole » sont seulement un peu plus avancés dans le chant de l’Evangile. Ils acceptent de devenir transmetteurs, désirant ainsi en étant au service de la « Parole », être humblement au service de l’Eglise. Dans les groupes, chacun a vocation à aider l’ensemble du groupe à se remémorer le plus fidèlement possible les péricopes de l’Evangile, ou les récitatifs venant de la tradition juive, mémorisés et parfois oubliés, y compris par le transmetteur !

C’est en s’appuyant sur la pédagogie de Maria MONTESSORI et le travail du Père Marcel JOUSSE et donc dans un climat de grande liberté, qu’Anne a proposé le chant et la mémorisation gestuée de la Parole à des enfants (années 60).

Il s’agissait, relate Anne, de la transmettre sobrement, sans commentaire ni interprétation, fidèlement et avec amour.

Les gestes ? Ils viennent naturellement et joyeusement aux enfants.

Leurs questions ? Les enfants les posent à leur rythme ou plutôt au rythme de ce que la « Parole » leur inspire de dire. Il s’agit de ne pas anticiper, de ne pas suggérer de questions que les enfants ne se posent pas. Car c’est la Parole du Seigneur qui fait son chemin en chacun. Et le transmetteur est lui aussi au service du Maître et de son enseignement, attentif à ce qui peut être révélé et surgir dans le cœur, se manifester par une remarque, une question chez l’enfant, parmi les autres, en son temps.

 

Car l’évangile le dit bien (Mc 4, 26-29)             :

« Et il disait : « Il en est du Règne de Dieu comme d'un homme qui jetterait la semence sur la terre.

et qu'il dorme et qu'il soit réveillé, nuit et jour, la semence germe et grandit lui ne sait comment.

D'elle-même la terre porte-du-fruit; d'abord l'herbe puis l'épi puis plein de blé dans l'épi

or quand se livre le fruit il envoie la faucille aussitôt parce que la moisson est là. »

 

La place des icônes dans la pratique de la catéchèse est précieuse.

Au début, Cécile propose aux enfants, en silence, de contempler une icône, le plus souvent celle de la Fête correspondant au temps liturgique. Puis vient le moment de la mémorisation ; mémorisation de passages de l’Evangile de Markos en lien avec la fête, ou d’un « kondakion ».

À d’autres moments, c’est grâce à des photocopies de reproduction d’icônes remises à chacun, que les enfants peuvent concrètement connaître le Seigneur dans sa Vie, sa vie donnée pour sauver tous les hommes.

Cécile nous dira que ces reproductions aident les enfants à relire pour eux-mêmes les icônes, à les relier dynamiquement entre elles dans leur classeur.

Par exemple, la place du  tombeau :

  • sur l’icône de la Nativité,le tombeau c’est la grotte,

  • dans l’icône du Baptême du Christ, c’est le Jourdain : « tombeau liquide » où Il va être immergé,

  • pour la Résurrection,dans l’icône de la descente aux enfers, nous voyons le royaume des morts car c’est du où Il gisait que le Christ ressuscite et « donne la vie à ceux qui sont dans les tombeaux ».

« Oui, leur dit Cécile, le Christ vient jusque dans nos ténèbres, dans notre mort pour nous ramener à la Vie ». Et les enfants peuvent prendre conscience que ce message est aussi et surtout une réponse essentielle dans leur vie.

 

La catéchèse ainsi vécue, à travers les récitatifs et les icônes, c’est -pour le transmetteur- désirer se mettre personnellement à l’écoute du Christ et de la Tradition de l’Eglise. Pour l’adulte, c’est un immense enrichissement personnel et nécessite une longue préparation. Une des joies principales est de voir le profond et durable intérêt des enfants, appelés à leur tour à pouvoir commencer à devenir les disciples du Seigneur, en toute liberté.

C’est être au service de ceux qui nous sont confiés, pour transmettre la « Parole », dans un monde largement indifférent et oublieux, voire carrément ou violemment hostile à la vie en Dieu.

C’est aussi un enjeu capital et urgent pour nous chrétiens, face à des enfants et des adultes en proie à ces graves attaques du monde et qui ont soif de vie et de Vie.

Ce peut être rude mais n’est-ce pas vital et enthousiasmant ?

 

Un livre vient de sortir

« Le Chemin de l’Immersion Chrétienne par l’Evangile et l’Icône »

de Michèle Koné et Cécile Rogeaux.

Il est possible de le commander au 01 43 50 66 08 ou cd.rogeaux@neuf.fr

 

Voir le site : http://fratsaintmarcvendee.free.fr

 

Pourquoi mémoriser ?

Les raisons peuvent être très différentes d’une personne à une autre.

Le Christ appelle à sa suite de mille manières, on peut  commencer l’expérience avec des objectifs bien précis (pour soi-même ou transmettre la Foi à ses enfants ou pour la catéchèse ....) et puis être surpris par l’impact profond.

 

La Parole d’elle-même va produire son fruit. Unique chez chacun. 

 

On « rumine » la Parole et peu à peu elle surgit intérieurement, soudainement dans la vie quotidienne, comme une consolation,  un remède ou encore comme repère pour une vie plus chrétienne.

Elle descend peu à peu dans le cœur…C’est pacifiant, joyeux et vigoureux.

C’est un lieu de présence de Jésus, un lieu de rencontre très intime avec lui.

Il y a la table eucharistique et la table de la Parole : manducation, ruminer, mémoriser, contempler, c’est tout un.

 

Parole de Saint Ephrem : La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de toutes parts, te tend des fruits bénis ; elle est comme ce rocher ouvert dans le désert, qui devient pour tout homme, de toutes parts, une boisson spirituelle : « Ils ont mangé un aliment spirituel, et ils ont bu un breuvage spirituel » (1Co 10,3 ; Ex 17,1s).

DOUZE des Raisons De Mémoriser la Parole de Dieu

 

1. Avant tout par obéissance à un précepte que Dieu a donné à Israël :

Dt 6,4-9

Ecoute, Israël: Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé.

Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir.

Que ces paroles que je te dicte aujourd'hui restent dans ton coeur!

Tu les répéteras à tes fils, assis dans ta maison et marchant sur la route, te couchant et te relevant;

tu les attacheras à ta main comme un signe, sur ton front comme un bandeau;

tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.

Josué 1,8

Que le livre de cette Loi soit toujours sur tes lèvres: médite-le jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui y est écrit. C'est alors que tu seras heureux dans tes entreprises et réussiras.

 

et une invitation pressante du Seigneur Jésus à ses appreneurs :

Jn.14,23-24

Jésus lui répondit: « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui.

 Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles; et la Parole que vous entendez n'est pas de moi, mais du Père qui m'a envoyé».

 

2. Pour recevoir le fruit de la promesse qui y est attachée.

Dans l'Ancien Testament longue vie et fécondité

Ps 1,1-3

Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies, ni dans la voie des égarés ne s'arrête, ni au siège des rieurs ne s'assied,

mais se plaît dans la loi de Yahvé, mais murmure sa loi jour et nuit!

Il est comme un arbre planté auprès des cours d'eau; celui-là portera fruit en son temps et jamais son feuillage ne sèche; tout ce qu'il fait réussit:

 

Dans le Nouveau Testament devenir la demeure de la Sainte Trinité

Jn. 14,23

Jésus lui répondit: "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui.

 

3. Pour connaître le Christ qui est présent dans sa Parole, et qui révèle le Mystère du Père et celui du Règne de Dieu.

Mc 4,10-14 

« Et quand il s'est trouvé seul, ceux qui étaient autour de lui avec les Douze, le questionnaient sur les comparaisons.

Et il leur disait : « A vous a été donné le Mystère du Règne de Dieu, or à ceux-là qui sont dehors tout advient en comparaisons »

« Afin qu'en regardant, ils regardent et ne voient pas et en écoutant, ils écoutent et ne comprennent pas de peur qu'ils ne se retournent et qu'il ne leur soit-fait- rémission. »

Et il leur dit : « Vous ne saisissez pas cette comparaison et comment connaîtrez-vous toutes les comparaisons, celui qui sème, sème la Parole ».

 

4. Parce que la Parole de Dieu est créatrice et recréatrice. Elle régénère le fidèle car elle est semence de Vie incorruptible.

1P 1,22-25

« D'un cœur pur, aimez-vous les uns les autres avec constance,

Ayant été régénéré d'une semence non point corruptible, mais incorruptible

par la Parole de Dieu, qui est vivante et  qui reste.

Parce que toute chair est comme l'herbe et toute gloire comme fleur d'herbe;

l'herbe se dessèche et sa fleur tombe;

mais la Parole du Seigneur demeure à jamais.

Et ceci est la sentence qui vous a été annoncée »

 

5. Parce que la mémorisation progressive de toute une Annonce fait entrer le récitant dans la Voie du Christ, ou du moins, lui donne de la connaître.

Mc 1,16-17

« Et passant au bord de la mer de Galilée, il a vu Shimon et Andréas, le frère de Shimon, jetant l'épervier dans la mer, car ils étaient  pêcheurs.

Et Yeshoua leur a dit: « Venez derrière et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes.

Et aussitôt, laissant les filets, ils l’ont suivi. »

 

6. Parce que cette Voie est celle d'une guérison spirituelle par prises de conscience successives et parce que la mémorisation est elle-même une médecine.

 

7. Pour combattre les pensées mauvaises et les ruses de l'ennemi de notre race. La mémorisation est une aide puissante pour garder le cœur des pensées.

Mc 4,4

« Et il advint, comme il semait, qu'une partie du grain est tombée au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ont tout mangé. »

 

8. Pour orienter tout son temps vers le Christ et son salut et pour la sanctification du travail quotidien.

Voir le calendrier  de récitation

 

9. Pour apprendre la langue biblique, celle qui permet de recevoir l'enseignement de Dieu et de lire les œuvres des Pères de l'Eglise, ceux du passé et ceux d’aujourd'hui.

 

l0. Pour se préparer à une fonction de transmetteur et pour donner ainsi le pain à celui qui a faim

 Is 50,4

« Le Seigneur Yahvé m'a donné la langue des appreneurs pour que je sache ranimer d’une parole le fatigué.

Le matin, le matin, il me réveille, il éveille mon oreille, pour écouter comme écoute les appreneurs.

Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille

Et je ne me suis pas révolté, en arrière je n’ai pas reculé.

Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille »

Rm 10,13-17

« Quiconque appelle le nom du Seigneur sera sauvé.

Mais comment peuvent-ils appeler Celui en qui ils n’ont pas eu foi ?

Et comment peuvent-ils avoir foi s’ils ne l’ont pas écouté ?

Et comment peuvent-ils écouter si personne ne clame ?

Et comment peuvent-ils clamer, si personne ne clame ?

Car il est écrit: « Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui apportent la Paix

De ceux qui apportent les biens

Mais tous n'ont pas obéi à l’Annonce. Car Isaïe l'a dit: « Seigneur, qui a eu foi à notre « Ecoute »?

Ainsi la foi naît de l’Ecoute et l’Ecoute par une Parole du Messie »

 

11. Parce que la mémorisation communautaire édifie l’Eglise locale en donnant une langue commune aux récitants et en tissant entre eux des liens d'amour.

 

12. Parce que la manducation de la Parole donne une clef de discernement pour comprendre le sens du temps et fait du récitant un veilleur.

Mc 13, 33-37

« Prenez garde, soyez en éveil car vous ne savez pas quel est le temps

C'est comme un homme qui est en voyage qui a laissé sa maison et qui a donné autorité à ses esclaves, à chacun son travail et au portier il a commandé de veiller ».

Mc 14, 1

« Veillez donc car vous ne savez pas quand viendra le Seigneur de la maison, au soir ou à minuit, au chant-du-coq ou au matin

de peur que venant soudainement il ne vous trouve endormis

or ce que je dis à vous, je le dis à tous :  Veillez ! »

 

Points de réflexion

1. La Bible entière est traversée par ce mot « « écoute ». « Écoute Israël, le Seigneur ton Dieu est l’unique : tu aimeras (Mc 12, 30). …) ces paroles que je dis resteront dans ton cœur (…) tu les rediras (…) » (Dt 6, 4-5)

Mais sous d’autres formes il est toujours question d’écoute ou de surdité face aux messages et aux invitations des prophètes, de Jésus, des apôtres. Jésus reproche plusieurs fois aux pharisiens de ne pas savoir interpréter ces signes qu’ils voient. Ils voient et entendent et ne comprennent pas (cf. Mt 13, 14).

Pourquoi quelques-uns entendent-ils le message et sont touchés, bouleversés dans leur vie et d’autres non ?

 

2. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements » (Lc 2, 50). « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21). « Heureux celui qui lit, heureux ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui est écrit en elle, car le temps est proche » (Ap 1, 3).

Que nous disent tous ces passages ? Écouter et mettre en pratique semblent aller de pair. Il ne s’agit pas de garder dans son cœur comme le ferait un mélancolique. Je ne crois pas que c’était l’attitude de Marie après avoir perdu et retrouvé au temple Jésus. Si l’Évangile nous dit qu’elle gardait ceci en elle, c’est qu’elle gardait en mémoire ces événements, avec une attitude d’accueil et à la fois avec la conscience de pas avoir tout compris. Comme il peut aussi nous arriver, suite à un événement que nous ne finissons pas de comprendre, et que nous désirons interpréter. Garder avec cette attitude la Parole est le premier pas pour mettre cette Parole en pratique. Nous ne vivons pas des choses que nous oublions. Nous vivons et mettons en pratique ce que notre intelligence saisit.

3. Il est dit aussi: « Si quelqu’un garde ma Parole il ne verra jamais la mort… » (Jean 8.51).

 

Une histoire moderne 

 

Alors qu’il parcourait les villes et villages de Pologne, distribuant la Bible, le colporteur Michel Billister laissa une Bible chez un villageois désireux de la posséder.

Cet homme lut le livre, il devint un croyant engagé et il commença à partager sa foi dans son village.

La Bible passait de maison en maison, et deux cents autres personnes devinrent croyantes.


Lorsqu’en 1840, le colporteur repassa dans ce lieu, un grand nombre de personnes se rassemblèrent pour l’entendre parler sur la Bible.

Comme il voulait savoir, ce que ces gens avaient fait de la Bible qu’il avait laissée, il leur demanda s’ils avaient mémorisés quelques versets.

L’un des assistants se leva et lui dit : « Voulez-vous que nous récitions des versets ou des chapitres ? »

 

Quelque peu étonné, le colporteur leur dit : « Vous être en train de me dire qu’il y a ici des personnes qui connaissent des chapitres entiers de la Bible ? »

« En effet – répondit son interlocuteur – nous avons mémorisé non seulement des chapitres entiers, mais également des livres entiers de la Bible ».

 

« Treize d’entre nous connaissent les évangiles de Matthieu et de Luc, d’autres peuvent vous réciter la moitié du livre de la Genèse, l’un parmi nous a appris tout le livre des Psaumes.

N’ayant qu’une seule Bible nous avons essayé de mémoriser le plus possible la Parole de Dieu.

Cela nous a permis, alors que les pages étaient de plus en plus usées et devenues illisibles, de continuer à partager sur son contenu. »

 

Emu par ce témoignage, le colporteur leur laissa le stock de Bibles dont il disposait et par la suite il leur en fit livrer autant qu’ils en avaient besoin.

 

Voilà des personnes qui s’étaient attachées à mémoriser la Parole de Dieu.

 

Bien avant l’arrivée de l’imprimerie, les livres étaient rares et chers ; le seul moyen de connaître les Ecritures, pour la plupart des gens du peuple, c’était d’en mémoriser le plus possible.

 

Voilà pourquoi il est écrit : « Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. » (Deutéronome 6.7).

 

Les moyens modernes : tablettes, ordinateurs, bible online etc. rendent l’effort de mémorisation presque inutile ; ils nous incitent à une forme de paresse.

 

En ce qui vous concerne, est-ce que vous cherchez à garder en mémoire quelques versets de l’Ecriture ?

 

Garder sa Parole, c’est une ressource spirituelle pour vos âmes.

 

 

Le calendrier de récitation de l’Evangile

 

La Nouvelle évangélisation est une préoccupation importante de l'Eglise aujourd'hui.

 

Or il semble que personne ne parle de transmettre aux chrétiens l’Evangile lui-même, en entier, qui est pourtant la voie spirituelle par excellence, que Jésus a donnée Lui-même à ses apôtres.

 

Pourtant dans l'Eglise primitive, « l'enseignement des apôtres » (Actes 2), n'était-ce pas la récitation mémorisée de l'évangile ?

 

En effet le récit qui était donné dans les communautés chrétiennes pour nourrir les croyants nés à la vie nouvelle en Christ, c'était l'évangile de Marc, qui était la base de l'enseignement, car court et très précis.

 

Pourquoi dire cela ? Parce que nous sommes dans une société de tradition orale, et que le récit de Marc est construit sur les critères de l'oralité et transmis très tôt.

 

Marc a ordonné l'enseignement de Pierre comme des perles sur un collier, faciles à mémoriser, qui montrent la pédagogie de Jésus et la voie spirituelle jusqu'au Trône de Dieu.

 

Marc a transmis son Evangile, qu'il a reçu de Pierre, qui lui-même l'a reçu du Maître jésus, aux communautés de Rome et d'Alexandrie où il a vécu.

 

On peut penser que ceci s'est fait à la manière des rabbis d'Israël qui faisaient répéter sur une mélopée la Torah à leurs disciples.

 

L'Eglise primitive est bâtie sur la pierre de fondation que sont les évangiles synoptiques. Chaque jour on apprend les versets nécessaires au chrétien pour comprendre le sens du temps.

 

Et en un an, chaque synoptique était mémorisé selon un calendrier très précis.

 

En effet l’Eglise primitive, les premières communautés chrétiennes avaient besoin d'un calendrier liturgique pour orienter le temps vers le Seigneur.

 

Comme les juifs avaient un calendrier avec les fêtes juives, les périodes de jeûnes, etc., et les païens aussi.

 

Ce calendrier, c'est l’Evangile : le seul outil transmis par le Christ à ses apôtres, son enseignement.

C'est tellement simple qu'on n'y pense pas, qu'on répond: c'est trop simple.

 

On n'en parle pas parce que c'est évident ; les choses les plus élémentaires ne sont pas dites ouvertement.

 

Mais Dieu est simple, et Dieu est très ordonné : même la proclamation de l’Evangile ne s'est pas faite n’importe comment.

 

L'Evangile de Marc, mémorisé jour après jour, de Pâques à Pâques, à raison de deux versets par jour en moyenne, s'inscrit sur le calendrier juif et l'accomplit de manière très précise.(1)

 

Ce calendrier de saint Marc, ça dit quoi pour l'Eglise ? C'est l'outil de toujours donné par le Christ pour l'évangélisation et la vie chrétienne.

 

Or cette pierre de fondation qu'est l’Evangile manque à l'Eglise aujourd’hui.

 

Nous avons là un trésor qu'il ne faudrait pas oublier. Il est pertinent aujourd'hui d’apprendre la Parole de Dieu de manière extrêmement précise, car le Christ a demandé qu'elle soit transmise pour porter du fruit, sans en enlever ni en ajouter.

Avec cette transmission, nous sommes dans la filiation, nous sommes enfants du Père, et nous entrons dans une relation amoureuse avec la Personne de jésus.

 

Plusieurs personnes dans l’Eglise parlent d'un calendrier de récitation de l'Evangile, avec des nuances différentes. Mais le Diviseur n'en veut pas, et ils ne sont guère entendus.

 

Nous n'avons pas perdu la table de l’Eucharistie, mais nous avons perdu la table de la Parole comme nourriture quotidienne et voie spirituelle, une voie de recréation après la Chute.

 

 

Pour davantage d'explications à ce sujet, voir les chapitres 8 et 9 dans le livre de Bernard Frinking « La Parole est tout près de toi », disponible auprès de la Fraternité St Marc :

Brigitte Danel : bridanel@free.fr et 06 20 38 41 41

 

De la vigilance ou la garde du cœur

par Agbodjan Jacques. Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale Revue de spiritualité et d'information orthodoxe. 10 janvier 2010 : extraits

 

« Sois le portier de ton cœur, ne laisse entrer aucune pensée sans l’interroger : « es-tu de notre parti ou du parti de l’Adversaire ? » Si c’est une pensée qui vient de Dieu, elle te comblera de joie».

Evagre le Pontique

 

La vigilance ou état d’éveil, identifiée dans le trésor des écrits patristiques à la garde du cœur dans la pureté, est le fondement tout autant que la clef de voûte de la cathédrale intérieure de notre vie spirituelle.

 

L’exhortation du Seigneur Jésus-Christ aux Apôtres dans l’Evangile de Marc (13, 37) : « Et ce que je vous dis à vous, je le dis à tous : veillez !”, cette exhortation marque de son souffle la recommandation de saint Paul aux chrétiens de Thessalonique : « Tous vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des ténèbres. Alors ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres » (1 Thes. 5, 6-8).

La vigilance de l’intelligence et la sobriété des sentiments sont les deux gardes assurées contre tout subjectivisme et tout sentimentalisme débridés qui attisent dans le cœur un feu de ronces et d’épines, et entravent en nous l’œuvre de l’Esprit-Saint.

Les écrits des Pères nomment indifféremment cette vigilance : « la garde des pensées, la garde de l’esprit ou de l’intelligence » et l’assimilent  à « une arme inusable qui protège notre cœur comme un trésor confié».

 

Les Pères en parlent aussi comme d’ « une pierre de fronde des moyens spirituels qui mettent en fuite la bande du mauvais» et comme une sentinelle perpétuelle qui ne dort pas, postée sur la guérite de notre cœur, pourvu que nous y mettions la persévérance, la constance et l’ardeur nécessaires.

Car, semblables aux flux et aux reflux des eaux d’une mer, les passions peuvent nous quitter volontairement pour nous inciter à l’insouciance et ravir aussi soudainement notre âme.

Saint Nicéphore le Solitaire, moine du Mont Athos au XIIIe siècle, nous enseigne dans son traité sur « La Sobriété» (Philocalie), que c’est par la garde du cœur que nos saints Pères ont conquis le ciel.

Il étaye son enseignement par un florilège de textes hagiographiques et d’écrits des saints pères et nous apprenons que la vigilance est un contrôle persévérant de l’esprit montant la garde à la porte du cœur, permettant de voir les pensées qui s’en approchent comme des maraudeurs, d’entendre ce que disent, de savoir ce que font ces assassins et quelles images les démons dessinent et projettent afin de nous séduire par l’imagination.

Car le plus grand de tous les ascètes, le diable, ne mange pas, ne dort pas, mais à défaut de la pureté de cœur, il n’en est pas moins diable.

La garde du cœur, dans son intégrité, dans son unité, dans sa pureté, fait partie de l’enseignement donné au catéchumène au cours du rituel du baptême.

Après la bénédiction des eaux, lors du troisième et grand exorcisme, il lui est demandé par le ministère de l’Evêque ou du Prêtre officiant, de renoncer à Satan, à ses anges, à son orgueil, à ses illusions et à toute sa pompe.

Le catéchumène accède en toute conscience à cette exigence par sa proclamation : « J’y renonce !».

La porte d’entrée de l’Eglise lui est alors ouverte et son incorporation au corps du Christ imminente.

Il devient en toute conscience le portier de son cœur selon l’exhortation d’Evagre le Pontique et de toute la tradition des Pères hésychastes, ayant proclamé son désir « de faire toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ» (2 Cor. 10, 5).

Qu’est-ce donc que la garde du cœur ? Nous pouvons tenter d’y répondre en disant d’elle qu’elle n’est pas un activisme spirituel, mais qu’elle est d’abord et avant tout une attente, une attente vigilante, avec toute la plénitude de sens que l’on peut accorder à ces mots.

Saint Séraphin de Sarov posait la question différemment. Il la formulait plutôt ainsi : « Qu’est-ce que le but de la vie chrétienne ?» Et vous connaissez la réponse qu’il fit à son disciple Motovilov : « La vie chrétienne consiste à acquérir l’Esprit-Saint».

 

Or cette acquisition de l’Esprit-Saint n’est pas fondée sur un activisme spirituel, mais sur une attente, un état d’éveil et de vigilance. L’Evangile nous offre plusieurs illustrations en parabole de cette attente. L’une d’entre elles, pleine d’enseignements, est la parabole de Saint Matthieu (chap. 25, 1-13), au sujet des vierges sages, vigilantes et pleines d’ardeur, se tenant auprès du Seigneur par la pensée, et des vierges folles assoupies par insouciance, par légèreté, par ignorance ou même par prétention de justice. Quelle fut l’œuvre accomplie par les vierges sages pour s’être rendues dignes d’accueillir l’Epoux ?

Elles étaient loin de tout activisme, recluses dans la chambre nuptiale, une lampe à la main, au contraire des vierges folles qui ont dû se précipiter au-dehors pour acheter l’huile qui leur manquait et qui, à leur retour, trouvèrent la porte de la chambre fermée et ne purent y entrer.

Cette chambre nuptiale n’est autre que la chambre nuptiale du cœur ; et les vierges, selon l’enseignement de saint Macaire, les cinq sens de notre âme. Les lampes qui n’ont pas eu à manquer d’huile, expriment l’état de vigilance, et l’huile, étrangère à notre nature, c’est la grâce du Saint-Esprit.

Le rythme propre à la vie spirituelle est que nous devons d’abord laisser Dieu descendre dans notre cœur pour ensuite nous élever vers lui. Notre esprit doit s’offrir comme une coupe, un réceptacle qui attend l’arrivée de l’Esprit-Saint.

Pour ne pas contrister l’Esprit et nous priver des biens spirituels, nous devons L’accueillir, non pas selon les inclinations d’un cœur froid ou attiédi, mais comme une épouse ennoblie au-dessus du rang de sa nature accueillerait l’Epoux céleste.

 

Une des modalités de la garde du cœur dans l’Ancien Israël consistait dans la garde de la Parole. Cette Parole de Dieu, enfouie dans le cœur, manduquée, méditée devait rendre le cœur d’Israël apte à l’accueil du Verbe de Dieu.

La garde de la Parole était au cœur des pulsations intimes de la vie d’Israël.

Cependant, Israël n’a pas accueilli le Christ, parce qu’il n’a pas, selon saint Macaire, accueilli la puissance d’énergie de l’Esprit.

 

Les enfants d’Israël n’ont pas cessé de méditer les Ecritures et de faire du Seigneur l’objet de leur méditation, mais n’ayant pas accueilli la Vérité elle-même, c’est-à-dire la puissance et l’énergie de l’Esprit, ils ont laissé leur héritage à d’autres”. (Saint Macaire).

 

 

A l’abbaye St Michel de Frigolet, il est possible de « garder la Parole » et donc de « garder son cœur » :

Joindre Vatina au 04 90 20 38 41 ou florain31@gmail.com